Les Européens vivent-ils au-delà de leurs moyens ? Une réponse en 5 images

Les omissions et les erreurs du passé ne seront pas effacées d’un trait de plume. La dette, vivre au-delà de ses moyens, gérer ses finances de manières non-durable ; c’est un phénomène pour presque tous les pays occidentaux et pour nous, Européens, en particuliers. Y échapper impliquera un long voyage et nécessitera beaucoup de détermination. – La chancelière Angela Merkel lors de son discours d’adieu aux président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet

Cette déclaration résume à peu près l’opinion en Europe aujourd’hui. Même si l’on est critique de l’austérité ou on pense que la récession et le chômage sont bien cruels, il y a un vague sentiment que le constat d’Angela Merkel est plus ou moins vrai. Ainsi il semble que le président François Hollande, même s’il est un socialiste bien-pensant, est prêt à accepter le traité d’équilibre budgétaire sans changements majeurs.

Mais quelle vérité y-a-t’il derrière l’idée que l’Europe est particulièrement endettée ? Les statistiques racontent une autre histoire…

1. La zone euro a moins de dette que les autres grandes économies développées

Ceci vise la partie où Madame Merkel déclare que cela concerne « nous Européens en particuliers ». Ça souligne aussi le fait que s’il y a une « crise de la dette » ce n’est pas simplement à cause du montant de cette dette, mais parce que la construction de la zone euro actuelle ne peut pas la gérer (en cela il s’agit bien due « crise de l’euro »). Le Royaume-Uni, les États-Unis et le Japon ne souffrent pas de crises similaires, en grande partie parce que, à l’inverse de la zone euro, ils ont chacune une dette commune et cette dette peut être financée par leur banque centrale.

2. Les citoyens européens épargnent beaucoup

Ceci est particulièrement vrai de la zone euro.

3. La dette européenne a diminué entre 1997 et 2007

Dans l’Union européenne entre 1996 et 2007, la dette moyenne en tant que pourcentage du PIB a diminué de 69.9% en 1996 à 59% en 2007. La plupart des états européens ont été relativement responsables en matière de budget, mais leurs accomplissements ont été anéantis à la suite de la crise financière : le PIB a rétréci, les recettes ont diminué, les déficits se sont creusés pour assurer un minium d’activité économique, et les dettes privées ont été assumées par le contribuable.

Cette chute de la dette n’était pas nécessairement un cas exceptionnel. Dans la première moitié de 2011, avant que nos dirigeants aient laissé filer la reprise économique, la dette de la zone euro par rapport au PIB était en train de diminuer.

4. Les pays de la zone euro avaient des surplus entre 1992 et 2008 (si l’on exclut l’intérêt de la dette)

Source: European Economic Forecast Spring 2012 p. 170

La « solde budgétaire primaire » fait référence au revenu d’un état, moins ses dépenses, sans prendre en compte l’intérêt sur la dette existante. En moyenne, la zone euro dépensait moins qu’elle ne gagnait en revenu, sauf pour payer ces intérêts. Si de manière générale la zone euro avait plus de dette, c’est à cause des intérêts sur les dette antérieures…

5. Les perspectives budgétaires des européens sont relativement bonnes

Ampleur de la consolidation de la consolidation nécessaire ? : Amélioration immédiate du solde primaire sous-jacent pour ramener la dette à 50 % du PIB en 2050 (OCDE)

Sur le même thème, l’OCDE a un billet intéressant qui examine combien les budgets de plusieurs pays devraient être rééquilibrés pour atteindre une dette égale à 50 % du PIB en 2050. L’Italie, le Portugal, la Grèce et la Hongrie font partis des plus proche à cet objectif, alors que le Japon, les États-Unis et le Royaume-Uni font partis des « mauvais élèves »… Vous pensez peut-être que cela n’a pas de sens. Ça veut dire que plusieurs pays européens ont fait des efforts extraordinaires pour équilibrer leurs budgets (plusieurs ont atteint des surplus primaires) mais sont aujourd’hui dans des cercles vicieux à cause d’intérêts trop élevés et non-soutenables. Par exemple, la Commission européenne a rapporté que l’année dernière 5 % du PIB italien a financé ces intérêts (p. 80), malgré le surplus primaire du pays, et des situations comparables et catastrophiques existent dans d’autres pays.

Quelle que soit votre opinion sur l’UE ou le moyen de sortir de la crise, une chose est claire : les Européens font partis des peuples plutôt responsables en matière de budget et bien souvent « vivent selon leurs moyens ». Si l’Europe est en crise, c’est en grande partie à cause des intérêts énormes sur la dette existante, qui eux-mêmes sont dus aux règles dysfonctionnelles de la zone euro. Comment on corrige cela – la mise en commun de la dette européenne, le financement direct de la BCE ou des faillites étatiques répétées – est bien moins clair.

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