Je republie, légèrement retouché, ce commentaire que j’ai écrit en réponse à un article de Jean Quatremer sur Newsring sur un sondage Pew pointant la montée de l’euroscepticisme à travers l’Europe et notamment en France. Ses thèses maastrichtiennes ne pourraient être plus banales, mais décidément M. Quatremer inspire ma plume, et pour ça je ne peux que le remercier.
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Quatremer : « C’est donc l’UE que l’on rejette, et non la politique menée par le président de la Commission Européenne. Ne serait-il pas plus logique d’interroger les Européens sur leur confiance envers José Manuel Barroso, Herman Van Rompuy ou Catherine Ashton ? »
Vous faites mine d’ignorer que ces politiques sont inscrites dans les traités européens et ne sont, juridiquement, modifiables par aucune majorité démocratique.
Au contraire, personne, ni au Conseil ni aux parlements européen et nationaux, n’est habilité pour remettre en cause l’euro cher, la liberté totale des mouvements des capitaux, l’interdiction de la relance (de style Obama ou Abe, par exemple) ou la dépendance artificielle des États sur les marchés pour se financer. Comme prédit par Philippe Séguin, on réduit mécaniquement les déficits en temps de crise d’une manière anti-keynésienne, quels que soient la volonté démocratique des peuples, la situation sociale ou les effets sur la croissance et l’emploi.
S’il y a exception à ces règles, celle-ci n’est pas décidée par une majorité démocratique au niveau national ou européen, mais par des fonctionnaires européens « indépendants » à la légitimité démocratique nulle ou fort douteuse. C’est-à-dire le Commissaire Olli Rehn et le Président Mario Draghi. Nous sommes dans l’arbitraire et l’irresponsabilité démocratique le plus absolu.
Juridiquement, la Banque centrale européenne décide seule de la politique monétaire, y compris le financement des banques et (indirectement) des États, en toute « indépendance », c’est-à-dire avec un contrôle démocratique par le Parlement européen absolument dérisoire. Ceci date de 1992 et a été demandé par les Allemands. C’est-à-dire que la technocratie est dans le code génétique-même de la zone euro. Et, n’en déplaise aux chantres de l’Europe fédérale, je ne pense pas que les Allemands soient prêts à avoir une politique économique européenne démocratique, c’est-à-dire déterminée et soutenue par une majorité d’élus, dès lors qu’ils sont minoritaires dans une zone euro composée d’une majorité latino-périphérique qui ne partage pas leur soit-disant « vertu prussienne ».
Le machin maastrichtien a été fait explicitement pour rester sur « pilote automatique » quels que soient les changements de majorité démocratique, indifférent aux vulgaires élections. Son principe fondamental est la déparlementarisation de la politique économique (monétaire, puis budgétaire, bientôt tout ce qui touche au travail et aux salaires). Or, les préoccupations des Européens sont aujourd’hui avant tout économiques. Aucune surprise donc que les « citoyens » européens rejettent cette Europe autocratique et austéritaire sur laquelle ils n’ont aucune prise.

- Le journal populaire Bild, le plus lu d’Allemagne, offre le casque prussien à Mario Draghi, alors nouveau président de la Banque centrale européenne.
